Le terme "sioniste" déchaîne les passions. On m'attribue (avec raison ?) ce qualificatif que j'assume mais ce reflet de mon opinion m'est adressé comme une insulte. Comme si la simple évocation de cet adjectif devait clore toute discussion, m'ôter toute capacité à analyser, toute objectivité. Sioniste ? Le sionisme est le mouvement politique de libération national du peuple juif. C'est historiquement le mouvement, apparu comme une variante du socialisme européen, né en Europe au 20eme siècle et constitutif de l'État d'Israël. Il a une valeur historique indéniable en tant qu'idéologie d'émancipation. L'idée sioniste est un acte de Droit et reconnu comme tel par l'Assemblée Générale des Nations Unies.
Être sioniste, c'est être favorable à l'existence d'un état juif sur une partie de la Palestine mandataire, c'est être convaincu de la légitimité même d'Israël. Ce n'est rien de plus mais certainement rien de moins. L'antisionisme nous dépeint le sionisme comme un mouvement colonial. Reprenons la définition de "colonie": il s'agit de l'exploitation d'un territoire étranger par une métropole bénéficiaire. Peut-on parler de territoire étranger, lorsque le lien qui unit les Juifs à Israël est ancestral. Métropole bénéficiaire ? Où est la métropole bénéficiaire lorsque les juifs se réinstallent en Palestine ?
Mais l'antisionisme persiste et signe. Il trouve son apogée lors de la conférence de Durban. Episode si blessant, si douloureux, où la seule démocratie de la région s'est vue condamnée. "Antisioniste signifie de manière inhérente antisémite" disait Martin Luther King. Antisioniste, c'est contester la légitimité d'Israël, c'est porter atteinte aux juifs du monde entier. Puisque cela consiste à refuser aux juifs, ce qu'on donne aux autres, le droit accordé aux peuples d'avoir un état, c'est par nature même antisémite.
Véronique Bensaid
